Tous les articles par Clément Ségissement

Psychologue

Un savoir sans mot! suite

Quelles sont les disciplines qui abordent le savoir-être ? Sans doute plein, citons en deux.

1. Le yoga et autres…

La pensée orientale a beaucoup à nous apporter à ce sujet. L’orient n’a pas clivé le corps et l’esprit comme l’occident a pu le faire. Nous le nions parfois en citant « anima sana in corpore sanum », puis en recommandant la pratique du sport à nos intellectuels. Une pratique essentiellement compétitive où la connaissance de soi s’arrête à l’intérêt de la performance

Je n’y connais pas grand chose en pensée orientale. L’attirance actuelle pour le yoga, le Tai chi et autres disciplines souligne un manque dans notre culture. Hélas, nous nous approprions difficilement ces enseignements souvent cantonnés au « bien-être » en alternative à la salle de gym.

Les quelques initiatives sérieuses sur le sujet sont dissimulées parmi une foule d’illuminés qui y voit une panacée. Ils pratiquent avec une gravité fate faute d’en percevoir la profondeur et le potentiel.

Les écouter est un coup à finir par recevoir les familles, posé en lotus sur notre bureau.

J’espère que des professionnels rigoureux nous amèneront des partenariats (mais presque) avec ceux qui maîtrisent ces disciplines. Nous avons probablement un manque auxquelles elles répondent.

2 Le théatre

Le mot fait peur ou rebute… faites un petit brainstorming sur le théâtre au sein de votre équipe et des usagers pour vous en convaincre.

La culture du théâtre en France, nation littéraire, est très axée sur le texte, très intellectuelle. Mais un coup d’oeil vers la formation des théâtreux professionnels permet de découvrir une discipline qui a échappée au clivage corps esprit. Comme personne n’a pensé à mettre le théâtre en boite dans une formation universitaire, il a échappé a une totale intellectualisation. Les saltimbanques, artistes du spectacle vivant et autres metteurs en scène ont perdu en reconnaissance sociale ce qu’ils ont gardé de liberté dans leur rapport professionnel au corps.

Au théâtre, les corps des comédiens transgressent en permanence les conventions tacites de la communication sociale. Ils se touchent plus que les mains et les épaules, ils s’embrassent et joignent leurs lèvres à celle de plusieurs autres corps en moins d’une heure. Ils se roulent au sol ou sautent, ils exhibent des émotions sans honte et la voix qui en sort a un volume bien trop élevé pour être convenable.

Tout cela s’apprend. Se réapprend car l’éducation a brimé nos capacités d’expression corporelle en les soumettant à des règles que nous ne connaissons pas. Comme Picasso a passé sa vie à redonner à son trait sa spontanéité d’enfant, le comédien doit apprendre à renouer avec son corps. Mais comme Picasso, avec une maîtrise et une conscience que l’enfant n’a pas.

Le comédien sait jouer un rôle. La maîtrise et la conscience du corps, de la voix, donnent la maîtrise et la conscience des ses émotions et de ses intentions.

C’est son travail, s’il est très professionnel, le comédien, il sait être… son personnage. Sur scène, quand il délivre un message, celui ci est construit par rapport à ce que l’usager (que lui appelle public) doit saisir.

Car « savoir-être » c’est bien… mais être quoi ? Savoir-être n’est pas la même chose qu’être soi-même. Pour le comédien, la consigne est clair, il doit savoir-être son personnage. Celui-ci lui est attribué par le metteur en scène, sorte de chef de service qui n’a pas de dispositif ou de loi mais un texte.

Si nous jouons un rôle, avons nous appris à le faire ?

« Rôle » vient de roue, jouer un rôle, c’est être un rouage d’une mécanique…Le rôle de délégué aux prestations familiales… c’est un rouage de quelle mécanique ? Cette mécanique a-t-elle assez de jeu ?

« Petite réflexion pour ne pas écrire un bouquin « 

Chaussettes et rejet

L’argent permet de comparer de manière chiffrée toutes sortes de choses : une pomme, une heure de travail, un ordinateur, une fellation, la vue sur un beau paysage, le savoir d’un homme, la perte d’un membre, une paire de chaussette, la marque ajoutée sur la paire de chaussette…

Arrêtons-nous sur ce dernier exemple :

la valeur de cette marque ne correspond pas à la qualité ni à la beauté de la chaussette. Elle ne correspond pas à des heures de travail. Cette valeur qu’ajoute le logo tient seulement à la croyance de celui qui l’achète que c’est mieux.

L’acheteur a raison. Il paie certes un peu plus cher, mais cette croyance est partagée. La marque sur les chaussettes avantageusement placées autour des jambes du survêtement, attesteront qu’il a acheté des chaussettes qui sont mieux. Mieux que quoi ? dur à dire mais, voilà l’acheteur assuré d’un peu plus d’estime et d’acceptation au sein du groupe social qui partage sa croyance.

C’est la seule plus-value réelle d’une marque. L’assurance d’une appartenance à un groupe social. Pour qui connaît le « social », les chaussettes par dessus le survêt’ sont un exemple typique de mode ridicule, absurde… aussi absurde que de choisir un vin pour son appellation, un soda de marque pour ne pas paraître mesquin à l’anniversaire d’un enfant, un disque parce que France Inter nous l’a soufflé, ou encore, de porter un de ces uniformes coupés de manière à renforcer la virilité d’une silhouette et simuler la crédibilité… je ne parle pas de militaires, simplement de ces vestes de costard.

Ces choix budgétaires ne sont ridicules que pour ceux qui appartiennent à d’autres groupes sociaux. Ils n’ont rien à voir avec la jouissance de l’achat compulsif, ou celui d’un objet longtemps désiré. Ils ne sont absolument pas ridicules, ils sont essentiels.

Ils marquent notre appartenance à un groupe social.

Ils nous préservent du rejet.

Qui est capable de faire cette économie ?