Rencontre le 25 juin 2019 de Bérengère TAILLEUX, présidente du CNDPF avec Maxime BOIDIN, conseiller d’Adrien TAQUET secrétaire d’Etat auprès de la Ministre des Solidarités et de la Santé.

Le 25 juin Bérengère Tailleux, présidente du CNDPF a été reçue par Maxime Boidin, conseiller d’Adrien TAQUET, secrétaire d’Etat.
Monsieur Boidin ancien Directeur Général de l’Action Sociale du Conseil Départemental du 44 connait bien nos mesures. Nous avons évoqué les points suivants :
• La méconnaissance des mesures par les professionnels, et surtout que celles-ci ne soient pas étudiées lors des formations des travailleurs sociaux,
• La question des expulsions, et le fait que nous ne soyons pas « proposés » aux familles dans le cadre de la procédure expulsion,
• Une mesure de protection de l’enfance qui traite des besoins fondamentaux des enfants,
• Un travail possible et productif avec l’ASE par rapport aux retours d’enfants et pour maintenir les liens,
• Un soutien à la parentalité dans le cadre des accueils ASE, mais aussi dans le cadre de notre action….
• Une complémentarité AED, AEMO, une mesure qui peut se conjuguer avec d’autres actions de la protection de l’enfance.
• Une mesure qui travaille sur différents champs : protection de l’enfance, logement, inclusion….
• Enfin pas de coûts pour les Conseils départementaux…

Mr Boidin nous a demandé quels étaient nos leviers pour mieux faire connaitre nos actions….Nous avons évoqué le CNDPF, le forum, notre présence à la Démarche de Consensus sur les modes d’intervention à domicile, notre adhésion et présence à la CNAPE, mais aussi les actions menées par les services pour faire connaitre la mesure (rencontre CD, portes ouvertes, conférences, actions collectives, édition de plaquettes, partenariat avec IRTS….)

Mr Boidin est attaché à ce que la MAESF soit plus portée par les CD et qu’elle devienne un véritable outil auprès des familles …. A ce jour nous constatons que ce n’est pas une priorité pour les Conseils Départementaux, et que lorsque ceux-ci portent cette volonté politique, la demande de MAESF reste minoritaire.

Cet échange de 45 mn a été fructueux, Mr Boidin a montré un intérêt à nos propos et souhaite maintenir un partenariat avec notre fédération.

l’estime de soi : Une question, des réponses…

Dans l’optique du thème du prochain forum 2019, l’idée était de poser la même question aux acteurs principaux d’une MJAGBF, la famille, le délégué et le Juge pour Enfants.

Une question, des réponses…
Dans le cadre de la MJAGBF, si «  l’estime de soi » des parents est une première condition pour pouvoir répondre aux besoins de ses enfants, comment pourrions-nous, dans notre intervention, soutenir des parents afin de prendre soin d’eux, de les aider à restaurer leur image et leur estime de soi ?

Réponse de Mme ESTEVAN Gaëlle, CESF,
Déléguée aux Prestations Familiales APEA Montpellier SMO 34

Un des paramètres défini par la loi du 05 Mars 2007 de la mesure d’AGBF est « l’autonomisation budgétaire des familles au regard du bien-être des enfants ».
Cette mesure judiciaire est caractérisée par les multitudes de formes et d’aspects qu’elle peut revêtir. En effet, il est très difficile de donner des « limites d’intervention » en AGBF.

Nous tentons de mettre en place des objectifs précis (administratifs, santé, accompagnements physiques, ateliers) dans l’optique évidente de favoriser un mieux-être et la meilleure évolution possible de l’enfant.

Notre rôle, en tant que délégué est de faire émerger chez les parents leurs propres réponses en ce qui concerne la hiérarchisation des besoins (financiers et autres) du quotidien.
Le lien entre estime de soi et rapport à l’autre est étroit, certaines des mères ou pères que l’on accompagne manquent cruellement de confiance en eux. Cela peut venir de leur histoire de vie, familiale ou encore de par la stigmatisation sociale, le fameux « regard des autres » (personnes accompagnées vue comme des assistés incapables etc.).

La honte exprimée par certaines personnes enferme ces derniers dans un sentiment de solitude avec aucun désir de côtoyer l’extérieur. Nous observons des parents qui ne sont plus présents lors des équipes éducatives, pour aller voir l’Assistante Sociale ou encore pour rencontrer d’autres parents.
Le risque étant le repli sur soi et l’isolement des familles.
Cela à des conséquences directes sur les enfants (manques dans leurs suivis, les activités extérieures).

La MJAGBF peut et devrait intervenir à tous les niveaux quand cela concernent les enfants, l’estime de soi des parents est alors un enjeu majeur pour le bien être, individuel bien sûr mais également familial.
L’AGBF pourrait alors proposer des ateliers (esthétique : coiffure a moindre coût, culturel, fabrication à moindre coût de crème, achat de vêture à moindre coût dans des lieux repérés avec le délégué etc…).

La gestion du budget est évidemment un bon levier dans le soutien à la revalorisation personnelle.
Si celui- ci le permet, nous pouvons soutenir la famille à provisionner pour des activités plus personnelles, après avoir œuvré pour les priorités.

En tant que déléguée aux prestations, il est important pour moi de parler de manière positive des familles et de mettre en avant leurs compétences. Comme une base du travail à engager.

La façon de s’exprimer sur les familles en réunion et de les inclure dans chaque démarche ainsi que la lecture des rapports permet naturellement de redynamiser la place des parents, l’estime de soi. Dans le déroulement de l’exercice de la mesure, il faut quand nous l’évaluons comme un possible, prendre le temps. Le temps d’écouter, revaloriser et éventuellement orienter vers des lieux et des personnes qui pourront selon leurs compétences permettre à ces personnes de s’occuper d’elles, de prendre un peu soin d’elles.

Réponse de Mme XXX, (mai 2019) accompagnée dans le cadre d’une Mesure d’Aide à la Gestion du Budget Familial

« Il faudrait que la mesure nous aide à financer le coiffeur par exemple ou pour la vêture. »
« Trop de choses en tête pour penser à moi. »
« Honte vis-à-vis des autres mères quand j’attends mon fils à l’école. »
« Moi, je me sens bien dans ma peau même si j’aimerais sortir plus comme aller à la piscine mais encore compliqué pour moi et le regard des autres à cause de mon surpoids. »

« AGBF, aide financière, accompagnements et revalorisation quand on arrive à ne pas être a découvert ».

Réponse de Madame xxx, (avril 2019) accompagnée depuis deux ans dans le cadre d’une Mesure d’Aide à la Gestion du Budget Familial

« Pour moi, ce n’était pas la priorité de m’occuper de moi. De ce que j’ai compris depuis que le délégué avance avec moi, c’était de pouvoir répondre aux besoins des enfants et être capable de me débrouiller seule. C’est pas gagné, mais depuis quatre mois, j’ai réussi à faire des provisions pour m’acheter mes propres vêtements, j’envisage même d’aller pour la première fois de ma vie dans un institut de beauté. Penser un peu à soi, ne peut pas m’être reprochée vu que j’ai bien compris les priorités pour ma famille. En discutant avec le délégué, j’ai aussi compris que par rapport à mes enfants, faire attention à moi, pouvait changer le regard qu’ils pouvaient avoir sur leur mère. Ce n’est pas que par rapport aux regards des autres. C’est vrai que je me sens mieux… ».

Réponse de Mme SALVIEJO, Juge pour Enfants, TPE Montpellier :

Prendre soin des parents dans le cadre d’une mesure d’aide à la gestion du budget familial implique, d’abord, une grande compréhension des difficultés rencontrées en considérant que les familles ne sont pas toujours responsables de leur situation pas plus qu’elles n’en sont victimes et ce afin d’éviter leur isolement du fait d’une grande précarité qui les éloigne de la société. Il s’agit de restaurer la capacité de faire, en accompagnant, et en fixant aussi des objectifs. L’essentiel dans ce type de démarche est l’image que « le parent » doit pouvoir transmettre à ses enfants, à travers sa capacité à prendre en compte les difficultés budgétaires et à y remédier. Un regard bienveillant doit être porté en dehors des jugements de valeur. Il convient aussi pour ce faire d’abaisser le seuil de nos propres références normatives.

Prendre soin des parents implique, encore, la valorisation des compétences parentales en donnant du sens aux actions et en mobilisant les ressources familiales au sens propre comme au sens figuré. Ainsi, l’intérêt de l’enfant doit être mis en avant corrélativement à la gestion du budget familial. Il s’agit pour les parents de prendre conscience que l’introduction de priorités financières a une répercussion directe sur le bien-être de la famille et qu’il existe des implications sociales intrinsèques à la mise en œuvre de ces démarches ( ex: assurer le paiement du loyer, des charges courantes, de la cantine, de la crèche, une sortie scolaire, ou une activité sportive doit être valorisé pour démontrer aux familles leur capacité «à bien faire» dans l’intérêt l’enfant).

L’objectif étant principalement de pouvoir restaurer une image positive des parents eux-mêmes, et ainsi encourager l’accès à l’emploi et à l’intégration sociale. En conséquence, la mesure est l’instrument d’une approche globale en développant, les liens avec les différentes institutions et composantes de la société. Les conseils sur l’utilisation des ressources doivent permettre aussi d’introduire des dimensions plus éducatives en favorisant l’accès pour les enfants à des activités sportives pour remédier à la dépendance aux écrans par exemple. C’est aussi par ce biais de la priorité budgétaire, que sera expliqué comment certains comportements alimentaires peuvent nuire gravement à la santé des enfants ou bien comment assurer l’accès aux soins ou permettre la mobilité des familles. Prendre soin des familles et de leurs enfants doit s’inscrire plus globalement dans la prise en compte de la place de chacun dans une société dans laquelle il s’agit d’éviter tout processus de marginalisation.

Document transmis par L. POUGET   Chef équipe territoire MONTPELLIER LITTORAL APEA34

Membre du CA CNDPF   MAI 2019

le CNDPF auditionné le 7 Juin dans le cadre de la Démarche de consensus sur les modes d’intervention à domicile en protection de l’enfance


Le 7 juin 2019 le CNDPF représenté par Bérengère TAILLEUX, présidente, a été auditionnée dans le cadre de la Démarche de consensus sur les modes d’intervention à domicile en protection de l’enfance. A cette occasion, nous avons développé les actions menées dans le cadre des MJAGBF, et celles notamment concernant la protection des enfants, mais aussi le soutien mené auprès des parents, et l’apport d’inclusion social de nos interventions. Un échange fructueux, des questions précises concernant nos actions à domicile auprès des enfants, des parents, de la gestion des prestations familiales… un réel intérêt. Nous avons également abordé la mesure d’accompagnement en ESF, peu souvent mise en oeuvre dans les départements… La coopération avec les services de milieu ouvert (AED-AEMO)a aussi été traitée, et nous avons transmis aux experts, le document réalisé avec le CNAEMO. Cette question a suscité de l’intérêt et montré que nos recherches de collaboration sont appréciées et recherchées. Cependant, il a été retenu que nos interventions en AGBF sont souvent les seules à intervenir au domicile et que les délégués connaissent bien les conditions de vie des enfants.
Une audition riche, des questions pertinentes sur nos actions, un temps fort de transmission de nos savoirs-faire et de nos actions éducatives à domicile.
Il nous faut maintenant suivre avec intérêt les travaux et conclusions de cette commission d’experts et quelles seront les préconisations qui seront portées dans le rapport de cette démarche. A suivre donc !