Inclusion et politiques sociales: l’inclusion peut-elle constituer une nouvelle politique sociale?

Forum du Carrefour national des délégués aux prestations familiales – 30 octobre 2013 

Roland GIRAUD – Président de l’Andass – Directeur du Pôle Solidarités du Département du Pas-de-Calais

En 2012 lors de votre précédente rencontre, vous parliez d’argent, d’accompagnement et de parentalité et vous m’aviez demandé de m’exprimer autour du thème « Développer les solidarités entre les services des Conseils Généraux et les services délégués aux prestations familiales ». Nous avions évoqué alors le point de rencontre possible autour de la vie quotidienne des habitants qui est le coeur du métier d’un Conseil,Général et aussi le votre. En fait, il y avait l’idée qu’avant de développer les approches psychoéducatives dans le domaine de l’enfance et de la famille il fallait apporter des réponses aux besoins quotidiens des bénéficiaires.

Je ne sais si les solidarités entre vos services et ceux des Conseils généraux se sont développées depuis mais la réflexion de nos élus était fortement bloquées par la situation financière des Departements et ce que l’on appelle l’effet de ciseaux : augmentation de la dépense sociale deux fois supérieure à l’évolution des recettes.

Vous avez cette année souhaité relier l’accompagnement de la gestion du budget familial, la protection de l’enfance et l’inclusion sociale.

Nous changeons d’horizon mais l’approche inclusive tient compte de la vie quotidienne.

Vous avez souhaité une nouvelle fois que je réponde à une question. Inclusion et politiques sociales : l’inclusion peut elle constituer une nouvelle politique sociale ?

La réponse en apparence est plus simple. C’est non.

L’inclusion c’est d’abord un changement de regard sur nos systèmes, sur la personne, sur les parcours. C’est une approche plus globale et plus intégrée des différentes réponses. Ce n’est pas un nouveau machin, un nouveau dispositif.

Mais il faut se méfier des apparences car l’approche inclusive est difficile car elle change profondément nos façon de faire.

Mon intervention reprendra de façon transversale cette question à partir de contributions que l’Andass a produit au cours de l’année écoulée, des nouveaux programmes européens en préparation, du plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale ou de l’abondance de réformes petites ou grandes en cours.

A partir de 2010 l’Europe a défini une stratégie 2020 pour une Europe inclusive. L’UE a constaté que 120 millions de personnes sont en situation de pauvreté ou en risque d’exclusion. La stratégie vise a diminuer de 20 Millions ce nombre en 2020.

Compte tenu de la crise l’objectif à atteindre semble s’éloigner.

Les concepts qui se télescopent

Michel Chauvière vous a éclairé ce matin sur le passage de l’intégration à l’inclusion et Roland RAMZY-GéADHA interviendra sur le thème : Inclusion, protection de l’enfance, aide et accompagnement : quelle coordination, quelle complémentarité, quelle différence ?

J’espère qu’avec tout cela vous trouverez, de retour sur vos territoires, les chemins opérationnels de l’inclusion.

De façon traditionnelle, nous utilisions depuis 1998 le terme de lutte contre l’exclusion. Cela faisait suite aux rapports sur pauvreté qui était grande ou nouvelle. Nous avions de nouveaux pauvres puis des travailleurs pauvres. L’Etat avait pour mission d’assurer la cohésion sociale. Au ministère, la direction de l’action sociale était devenue une direction générale de l’action sociale puis une direction générale de la cohésion sociale. Localement les DDASS disparaissaient pour devenir des directions de la jeunesse et de la cohésion sociale et parfois des populations.

30 ans après les lois de décentralisation les médias continuent à parler des enfants de la DDASS …

Régulièrement des programmes d’accès au droits fondamentaux étaient développés et le non recours aux prestations est devenu un enjeu national.

Aujourd’hui se développent des études sur l’accès aux besoins essentiels.

La pauvreté sous différentes formes concerne une diversité de publics et surtout de nouveaux publics. La pauvreté n’est pas que financière, elle est d’abord relationnelle. Les risques majeurs concernent d’abord l’isolement ou la perte de lien. Celui qui n’est pas dans dans des systèmes d’entraide est en plus grand risque a revenu égal. Cela nous interroge dans un monde de plus en plus interconnecté.

On a des concepts qui se télescopent.

L’inclusion sociale est apparue dans ce paysage et est portée par l’union européenne. La traduction des termes anglo saxon pose toujours quelques difficultés d’adaptation.

Une orientation retenue pour le projet EU 2020 : l’inclusion sociale

De façon simple, l’Europe inclusive procède d’un double mouvement : d’abord lié à l’objectif de croissance et de compétitivité et d’autre part au constat de risque d’exclusion de 120 millions d’européens.

L’inclusion est l’objectif (et un objectif est toujours possitif) issu du constat négatif du risque d’exclusion.

Le terme est d’abord utilisé pour la croissance. Le programme européen parle d’objectif de croissance intelligente, durable et inclusive. La commission européenne a developpè une méthode de coopération volontaire des États autour d’une politique d’inclusion sociale. Tous les trois ans l’Etat français remet à la commission un plan national d’action pour l’inclusion sociale (les premiers ont été présentés en 2001 et il s’agit d’une co production avec la commission). Tout cela reste bien peu connu et intégré dans la proximité.

Cet objectif peut paraître paradoxal compte tenu de la crise que connaissent de nombreux pays.

L’agence européenne Eurofound effectue régulièrement des enquêtes auprès des habitants des pays européens sur la qualité de vie et les conditions de travail en Europe. Il peut être intéressant de soumettre à votre réflexion les idées qui se dégagent de la synthèse de la dernière enquête.

Ce rapport couvre les 27 Etats Membres de l’UE mais un total de 43,636 personnes ont été effectivement interrogées dans 34 pays (comprenant sept autres pays candidats ou en voie d’adhésion: la Croatie, l’Islande, la Macédoine, le Monténégro, le Kosovo, la Serbie et la Turquie).

Enquète sur la qualité de vie en Europe. Eurofound 2011.

Principales conclusions

Des baisses de 20% des niveaux d’optimisme et de bonheur ont été rapportées dans certains pays de l’UE et plus d’un tiers des personnes interrogées ont indiqué une détérioration de leur situation financière durant les cinq dernières années. Ces résultats reflètent largement – avec quelques exceptions notables – les réalités économiques, avec les niveaux d’optimisme les plus élevés enregistrés au Danemark et en Suède, et les niveaux les plus bas en Grèce, Italie, et au Portugal. Aujourd’hui, la situation sociale de l’ Union Européenne est devenue à la fois complexe et compliquée. Depuis la dernière enquête réalisée en 2007, de plus en plus de gens – qui auparavant disposaient de bons revenus et de logements de bonne qualité – se retrouvent au chômage, avec des dettes, un logement précaire et un accès limité aux services. Les personnes qui ont une activité bénévole ont un niveau d’inclusion plus satisfaisant. Les besoins en matière de santé (vision large de la notion de santé) sont considérés comme prioritaire.

L’enquête souligne également qu’il est plus difficile pour bien des gens de joindre les deux bouts: 7% disent avoir de grandes difficultés à joindre les deux bouts, avec des différences importantes entre Etats Membres, allant de 22% en Grèce à 1% en Finlande. Lorsqu’on leur demande vers qui ils se tourneraient pour emprunter de l’argent en urgence, la plupart des européens (70%) demanderaient à un membre de la famille proche ou à un parent, 12% se tourneraient vers un ami, voisin ou autre, tandis que 8% contacteraient un prestataire de services ou une institution. Un sur dix (10%) dit ne pas savoir vers qui se tourner. Ceci est particulièrement vrai pour les gens aux revenus les plus faibles (15%). Dans l’ensemble, 8% des européens se sont avérés incapables de rembourser des emprunts informels en temps voulu.

La confiance dans les institutions, gouvernements et parlements a baissé dans les cinq dernières années, avec les baisses les plus fortes enregistrées dans les pays qui font face aux difficultés économiques les plus importantes comme la Grèce et l’Espagne. La confiance dans les institutions est la plus élevée au Danemark, en Finlande, au Luxembourg et en Suède, et ceci est principalement dû au niveau de confiance incomparable placé dans les institutions politiques nationales de ces pays. Ce sont les personnes qui n’utilisent pas les services ou les institutions (les plus aisés et les plus marginalisées) qui en ont la vision la plus dégradée.

Le rapport examine un ensemble de domaines tels que l’emploi, les revenus, le logement et les conditions de vie, la famille, la santé, l’équilibre vie-travail, la satisfaction de la vie, et la perception de la qualité de la société. D’autres rapports vont suivrent qui traiteront du bien-être subjectif, des inégalités sociales, de la qualité de la société et des services publics, et des tendances de la qualité de vie qui ressortent de l’ensemble des trois enquêtes effectuées jusqu’à présent.

Quelques points peuvent guider votre action.

L’importance de demander régulièrement ce que pensent les utilisateurs de nos services (ceux qui utilisent les services ont une opinion plus possitive que ceux qui ne les utilisent pas) l’importance des questions de santé qui ont à voir avec la vie quotidienne ou qu’une personne qui a besoin d’argent en urgence le demanderait 7 fois sur 10 à sa famille et moins de 1 fois sur 10 à un prestataire de service ou une institution (mais vos usagers ont ils vraiment le choix ?).

Les discours sur l’Europe sont plutôt négatifs et l’écart entre l’objectif 2020 sur l’inclusion sociale (auquel 20% des crédits du fond social européen dans la programmation 2014/2020, en cours d’élaboration, sont consacrés) et le ressenti des européens sont conséquents mais l’approche de l’inclusion sociale peut être aussi une opportunité.

Le réseau social européen (ESN)

ESN (european social network) fait partie du comité des experts auprès de la commission et rassemble de nombreuses organisations étatiques, régionales, professionnelles de 30 pays d’Europe et défend une parole du secteur public des politiques sociales. Il devrait s’ouvrir à des organisations privées dans l’année à venir.

Chaque année, une conférence a lieu dans le pays qui préside l’union.

En juin 2013, le thème de la conférence était « Transformer les vies (transformer lives) : Comment penser et construire les services sociaux de demain ? ».

Ce titre peut nous inspirer et constituer un fil rouge pour nos organisations. Il est très en lien avec la notion d’inclusion. Il se déclinait en plusieurs conférences :

– Changer la société, investir dans le futur : dans un environnement économique dégradé, comment les services devraient protéger et prendre soin mais aussi investir dans des mesures préventives pour l’avenir. Comment aux différents niveaux local, régional et national ou européen la politique et les pratiques doivent être réorganisées pour améliorer la vie des NEETet une amélioration des résultats économiques et sociaux ?

– Repenser les services, créer des partenariat, améliorer les résultats

Le bien être est infuencé par une série de facteurs.

Comment les services peuvent ils collaborer avec les individus, les familles, les communautés et entre les disciplines et les secteurs pour transformer les vies et réduire les inégalités sociales et de santé ?

– Investir dans le social

L’EUROPE encourage l’investissement social comme concept de politique publique. Comment les décideurs et les responsables des services sociaux peuvent ils s’appuyer sur ces concepts pour redéfinir les services dans l’intérêt des citoyens et des communautés ?

Le président de la République d’Irlande Michaël D. Higgins a honoré de sa présence le congrés.

Quelques éléments clefs de son discours :

« En Europe, la politique sociale est la plus forte là où l’héritage collectif est le plus fort. L’objectif clef est de le protéger.

Les obstacles pour une société inclusive : 1er Le chômage – 2ème La Pauvreté.

La jeunesse c’est le combat du siècle, le plus prioritaire.

Les capacités humaines doivent être au coeur de l’agenda européen.

L’économie et le social sont liés.

C’est sur les ressources de la solidarité que nous devons nous appuyer pour relever la crise et reconnaître l’importance de la cohésion sociale d’une Europe généreuse et ouverte.

Deux idées peuvent être retenues :

La conjonction des réflexions des différents pays européens dans les réflexions qu’il soient des pays du Nord ou du Sud,

La modification du discours européen : très libéral en 2012 et plus ouvert aux questions sociales en 2013.

Et un constat, l’absence des français dans ces rencontres européennes pour porter une parole.

La démultiplication des conférences et des chantiers en France.

La méthode proposée par le gouvernement est basée sur des conférences (sociale, environnentale et de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale) et la création d’un secrétariat général de modernisation de l’action publique rattaché au 1er ministre. Cette méthode concertée est reconnue mais cela démultiplie les productions, les comités de pilotage et les expérimentations. Difficile de toujours s’y retrouver.

La conférence gouvernementale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale : une méthode de travail reconnue à modéliser ?

La conférence gouvernementale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale a eu lieu en décembre 2012. Elle a été préparée par 7 groupes de travail co-présidés par des personnalités. Ces groupes composés d’une quinzaine de représentants de diverses institutions ont produit des rapports qui ont nourri le comité interminitériel de lutte contre l’exclusion qui a adopté le plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale.

On peut retenir :

  • la méthode a été saluée par l’ensemble des acteurs,

  • la participation dans les groupes de travail et à la conférence des usagers et de 15 ministres,

  • la lisibilité du plan et sa transversalité.

Je vous signalerai 3 rapports qui peuvent vous intéresser :

  • familles vulnérables, enfance et réussite éducative,

  • l’inclusion bancaire et la lutte contre le surendettement,

  • la gouvernance des solidarités.

Ils sont disponibles sur le site du conseil national de lutte contre l’exclusion (CNLE).

Les différentes MAP (modernisation de l’action publique) reprennent certaines propositions des rapports pour leur mise en œuvre.

Je vous laisserai le soin d’en prendre connaissance.

Pour vous donner envie d’aller voir, vous trouverez comme objectif ou projet :

  • « Mieux faire travailler ensemble les acteurs bancaire et les acteurs sociaux »,

  • «  créer des points conseil budget sur l’ensemble du territoire »,

  • « Intégrer la lutte contre la pauvreté dans une approche globale de développement social territorialisé et en confier le chef de filât aux Départements. Le développement social territorialisé ne se décrète pas. C’est une démarche durable de moyen et long terme, un processus de mobilisation des ressources humaines et des initiatives des individus, des groupes et des territoires. Il va au delà de l’action sociale « addicte des dispositifs, l’action sociale est fatiguée ».

Le développement social territorialisé participe fortement à l’inclusion sociale. C’est un engagement politique mais pas une politique publique. Il a vocation à développer une fonction d’intégration des différentes politiques.

Le premier ministre a souhaité confier à une personnalité le suivi du plan et son animation territoriale. C’est Francois Chérèque, inspecteur général des affaires sociales qui s’est vu confié cette mission. Elle comporte un volet territorial afin de mobiliser les territoires et ses acteurs, faire connaître le plan et impulser sa déclinaison locale. La mission Chérèque organise tout au long de l’année 2013 des rencontres dans les départements ou les régions. L’objectif de ces rencontres, décrit dans le cadre de la réunion du CNLE du 25 avril, est double : il s’agit à la fois d’informer sur le plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale et d’initier sa mise en oeuvre opérationnelle.

Dans l’esprit de la conférence de lutte la pauvreté et pour l’inclusion sociale du mois de décembre 2012, ces rencontres territorialisées doivent être partenariales et associer l’ensemble des acteurs des politiques de solidarité et les usagers. Il s’agit pour vos associations de poursuivre localement ces travaux avec les pouvoirs publics.

Le plan s’organise autour de 3 axes :

– Réduire les inégalités et prévenir les ruptures

– Venir en aide et accompagner vers l’insertion

– Coordonner l’action sociale et valoriser ses acteurs,

Il prévoit 61 mesures organisées organisées à partir de 5 grands principes :

– un principe d’objectivité (les pauvres et les précaires ne sont pas une minorité marginale),

– un principe de non-stigmatisation (ce ne sont pas des paresseux ou des malhonnêtes),

– un principe de participation des personnes (l’expertise d’usage est utile à chacune et peut être reconnue)

– un principe du « juste droit » (comment s’attaquer au phénomène du non recours)

– un principe de décloisonnement des politiques sociales (les solidarités prennent place dans chaque politique publique)

L’Andass porte ces approches de développement social territorialisé et d’inclusion sociale.

Le conseil d’administration de l’Andass a adopté son document d’orientation 2012/2015. Il définit la stratégie développée par l’association.

Le développement social et solidaire constitue la ligne d’action de l’association, en appui sur un partenariat d’action large en développant la coopération interdépartementale et la co construction. Différente contributions ont été élaborée par le Conseil d’administration :

– pour la conférence gouvernementale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale et particulièrement le rapport « gouvernance des solidarités »,

– la sécurisation des allocations universelles de solidarité à la demande de l’assemblée des Départements de France

– un communiqué sur le projet de loi de modernisation de l’action publique dans sa partie relation des services sociaux départementaux et les métropoles (le Sénat semble nous avoir entendus).

Ces contributions ont accrues la visibilté de l’association (nous sommes associés à de nombreux groupes de travail), permet de porter des idées partagées issues du débat et favorise la diffusion de nos idées.

Par ailleurs différentes interventions lors de colloques, comme aujourd’hui grâce à vos questions, permettent d’enrichir ces débats.

Je citerais l’intervention au congrée de l’uniopss à Lille sur le thème « de la protection de l’enfance et de la jeunesse à une ambition pour l’enfance et la jeunesse : quelle transition ? » ou une série d’interventions lors du colloque sur les 30 ans de la décentralisation à l’institut national spécialisé des études territoriales à Angers (pôle de compétence des formations autour des questions sociales dans la fonction publique territoriale).

Je reviens de Blois où nous venons de tenir nos 25 ème journées techniques dont le thème était :

  •  » de l’action sociale au développement social, de la cohésion sociale à la cohésion territoriale, le Département chef de file d’un développement territorialisé ».

Il est intéressant de noter que votre réflexion se situe dans un mouvement plus large. La question que vous vous poserez peut être, lors de vos retours dans vos entreprises d’économie sociale et solidaires ( !), dans vos territoires, la question sera :

  • « de l’idée, comment passer à l’acte ».

Nous sommes tous confrontés à cette dure réalité.

Le principe de l’inclusion sociale relève de propositions que l’Andass, au fil de ses propositions a pu élaborer.

On a besoin de pilier pour organiser, assembler notre action quelque soit le lieu où on se trouve, on a besoin de simplification pour libérer les initiatives, on a besoin d’une certaine sécurité dans nos financements pour consacrer notre énergie à l’essentiel, on a besoin de changement de regard sur les solidarités qui se doivent d’irriguer toutes les politiques et se nourrir de toutes les politiques. Dans votre domaine, c’est redéfinir les priorités pour l’enfance et la jeunesse.

Tout Cela, à votre niveau, vous pouvez le reprendre dès votre retour dans votre projet de service, dans votre projet associatif, votre plan de formation.

Quelques focus pour nourrir le futur débat

1ére proposition : Favoriser l’autonomie, entreprendre autrement, développer durable : trois principe pour guider et donner du sens à l’action.

C’est proposition essai de répondre à la question du sens que chacun d’entre nous a besoin de retrouver pour nourrir son action.

L’Andass propose d’organiser l’action que ce soit celle des politiques publiques, celle des actions en direction des groupes ou le travail d’accueil ou d’accompagnement des personnes autour de trois piliers, trois axes pour donner du sens et fédérer les acteurs :

  • Favoriser l’autonomie : des personnes, des salariés, des organisations de l’économie sociale et solidaire, des collectivités territoriales (l’autonomie est un fait ; la liberté est une ambition, une valeur, une construction … Les maladies de la dépendance sont des maladies de l’autonomie ou inversement et complémentairement des maladies de la séparation),
  • Entreprendre autrement : en mettant la participation des enfants et des jeunes au cœur de nos politiques publiques, en libérant les possibilités d’expérimentations et en développant la confiance par des actions de culture commune (usagers/élus/professionnels) et les complémentarités (bénévoles/professionnels) par exemple,
  • Développer durable (ou soutenable) : en faisant que les dépenses en faveur de l’enfance et la jeunesse soient considérées comme un investissement dans le développement humain, troisième pilier du développement durable et que le développement durable irrigue les schémas, plans, projet associatifs ou éducatifs mais aussi en développant avec les partenaires d’un territoire des actions d’éducation pour accompagner «la transition énergétique ».
  • C’est dans la diversité des territoires, de leur histoire que le conseil d’administration de l’Andass porte ces propositions pour aider à changer de trajectoire.

2ème proposition : Elaborer un programme de simplification pour libérer les initiatives

Le rapport Gallois propose de donner au commissaire à la simplification plus de possibilités d’agir en amont des décisions. Ce principe pourrait avantageusement être repris que ce soit au niveau national ou local.

Quelques pistes concrètes peuvent être proposées :

  • Permettre localement au Président du Conseil Général et au Préfet de Département de créer un conseil consultatif unique de développement des solidarités qui fusionne les différentes instances qui consomment beaucoup d’énergie pour peu de valeur ajoutée,

  • Permettre aux services sociaux et médico- sociaux de déroger à certaines normes quand elles sont prévues dans le contrat d’accueil des usagers. La démultiplication des normes (concernant l’alimentation, les sorties,…) enferment les initiatives et brident la pensée,

  • Simplifier les différents modes de tarifications des services sociaux et médico- sociaux.

3ème proposition : Sécuriser le financement des allocations de solidarité pour aller vers un acte III de la décentralisation ambitieux et des solidarités d’engagement.

4ème proposition : Faire en sorte que les solidarités irriguent toutes les politiques publiques et que toutes les politiques publiques nourrissent les solidarités.

5ème proposition : L’inclusion sociale pour changer de trajectoire pour l’enfance et la jeunesse

Le rapport Madignier/Versini « Familles vulnérables, enfance et réussite éducative » réalisé dans le cadre des travaux préparatoires de la Conférence gouvernementale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale » nous rappelle un constat inquiétant.

Un enfant sur 5 est en situation de pauvreté et 1 personne en situation de pauvreté sur 3 est un enfant. Dans les familles monoparentales, c’est 41% des enfants qui le sont. La prévalence de l’obésité est 10 fois supérieure chez les ouvriers que chez les cadres. Pour les enfants en situation de privation, nous sommes en Europe 18°/29 et le taux de mortalité infantile s’est dégradé. Nous sommes aujourd’hui 20°/30.

Si on parle de jeunesse, les constats faits par le président de la République l’on amené à en faire le coeur de son projet présidentiel. Dominique Dupillet, président du Conseil général, à travers sa rencontre avec les habitants du Pas-de-Calais et l’analyse de leurs besoins a souhaité faire de la jeunesse l’élément central de sa mandature. Il vient de faire adopté par l’assemblée départementale un pacte départemental de la jeunesse.

Pour éviter les débats sans fin sur les âges, il a souhaité que l’on parle des moins de 30 ans, que ce Pacte exprime la volonté d’un Département fédérateur au delà des compétences et des dispositifs et soit orienté vers l’emploi, le logement, la santé, la mobilité et la citoyenneté.

L’Uniopss lors de son dernier congrès de Lille avait proposé un atelier avec un double titre : « la protection de l’enfance et de la jeunesse et Pour une politique ambitieuse de l’enfance et de la jeunesse ». Au nom de l’Andass j’ai essayé de répondre à cette bien difficile question : « Comment changer de trajectoire ? ».

Cela nous indique que nous sommes peut être à un carrefour où il convient de modifier les choix au delà et nos institutions et de nos corporatismes bien intentionnés.

La route de l’inclusion est peut être cette nouvelle trajectoire.

Les évolutions concernant l’enfance sont lentes et contrastent avec les profondes mutations de la famille.

L’histoire nous apprend que, en ce qui concerne l’enfance, les évolutions sont lentes. A titre d’exemple, l’autorité parentale est une notion récente et date de 1970. La loi sur la déchéance paternelle date de 1889 et il aura fallu attendre un siècle pour que la loi de juillet 1989 confie aux présidents de Conseils Généraux une compétence pour prévenir les mauvais traitements à l’égard des enfants. Et prêt de 20 ans pour que la loi de 2007 étende cette compétence à la notion de danger.

La conception des réponses ont été élaborées en 1945 et 1959 et n’ont pas été refondées. Le rapport « Bianco/Lamy » date de 1980, sa lecture reste toujours d’actualité et le référent unique qu’il préconisait n’a pas été mis en place. On parle aujourd’hui de référent famille. La loi du 8 juin 1984 sur le droit des usagers peine à prendre toute sa place.

L’évolution est lente et pourtant les associations, les professionnels ont le sentiments que tout change, tout le temps.

Parralèlement, la sociologie de la famille s’est profondément transformée.

Le sentiment d’inquiétude est envahissant, avec des peurs concernant la perte de place, la déqualification, la fin du progrès continue.

Beaucoup se sont interrogés sur la fin d’un modèle.

Pourtant notre modèle est par d’autres aspects regardé avec envie par nos amis allemands. Notre politique familiale, notre capacité à continuer à « faire des enfants », à avoir des réponses d’accueil permettant de concilier vie professionnelle et familiale contraste avec les constats précédents.

Des dispositifs ont été crées pour essayer de trouver de nouvelles réponses.

On a surtout empillé les dispositifs sans réellement généraliser la participation des citoyens à lélaboration et à l’évaluation des politiques publiques.

La protection de ceux qui sont vulnérables est importante mais quand elle est érigée en système elle ne peut pas faire sens. La personne protégée est par définition conçue comme mineure et cela ne favorise pas le développement de l’autonomie  ou la confrontation au risque, à la vie.

Pour changer de trajectoire il serait aussi utile de sortir du rapport binaire et historique, ambivalent qui structure notre système.

La relation première entre protection de l’enfance et de la jeunesse et la justice qui navigue entre protection et prévention de la délinquance.

Les organisations doivent privilégier (réconcilier ?) les liens entre :

– enfance et éducation,

– enfance et culture,

– enfance et ville,

– enfance et handicap

Pour cela, il convient que les politiques de solidarités irriguent toutes les politiques publiques et que l’ensemble des politiques publiques nourrissent les solidarités.

C’est ce que font les Département qui développent le transport à 1€ ou la gratuité pour les jeunes de moins de 19 ans, soutiennent le développement de l’économie sociale et solidaire, organisent des visites médiatisées au coeur d’une exposition de peinture du 19° siècle ou des associations qui créent des maisons de la danse, de la culture, de la musique pour remplacer les appellations de foyers ou de Mecs.

C’est dans ces directions là que vos associations, vos pratiques professionnelles trouveront la voie du développement de l’inclusion sociale. Cela peut se faire simplement en développant des conventions de coopération ou des accords de travail entre vos associations qui sont très centrées sur l’aide individuelle et celles qui maillent le territoire que ce soit dans le cadre de l’insertion sociale, des politiques de la villes,, avec les centres sociaux ou les ccas quand ils existent.

En fait l’inclusion vous appelle à vous ouvrir au territoire, aux systèmes d’entraide ou aux solidarités d’engagement, à l’innovation sociale à cette mobilisation différente des ressources humaines qui font le développement social territorialisé.

Le chemin n’est pas facile mais passionnant et peut nous réserver de belles surprises.

Pour Conclure :

Pour conclure, je souhaite vous proposer la conclusion du rapport DINET/Thierry sur « la gouvernance des Solidarités »

On y est attaché à l’Andass car nous y avons largement contribué et que les propositions ont fait consensus.

« Deux principes ont guidé les travaux et les propositions du groupe :

– les politiques de solidarités doivent irriguer l’ensemble des politiques publiques et l’ensemble des politiques publiques nourrissent les solidarités,

– le développement social territorialisé pourrait être l’outil commun aux différentes institutions et associations ou entreprises parties prenantes du social.

Un maitre mot : la confiance

– Confiance dans les potentialités et la capacité d’initiative des hommes et des femmes de ce pays ;

– Confiance retrouvée dans la parole des citoyens, particulièrement de ceux qui sont les plus fragiles, dans leur capacité de trouver des solutions avec le soutien de la solidarité nationale et des solidarités de proximité ;

– Confiance entre les différentes collectivités locales par la répartition négociée des compétences et des fonctions de chef de file, dans un souci de complémentarité ;

– Confiance entre l’Etat et les collectivités locales en sécurisant le financement des allocations universelles de solidarité, et en reconnaissant les responsabilités de chacun ;

– Confiance dans un travail social mieux reconnu et mieux responsabilisé ;

– Confiance à l’égard des associations et de tous les acteurs de terrain par la mise en oeuvre du droit à l’initiative et à l’expérimentation sociale.

Je vous remercie de votre attention et vous propose de débattre si vous le souhaitez.

Bruno Ségissement
Personne ressource auprès du conseil d'administration du CNDPF
ex chef de service DPF et AEMO

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